« Si nous sommes les derniers des Mohicans » avec Abdoulaye Bathily

Abdoulaye Bathily

Naissance en 1980 à Samba Dramané au Mali

Compte twitter : @abdou94240

Abdou miroirAB KG JM

 

 

Crédit photo: Mathieu Delmestre

 

Comme des reines: Abdoulaye, qui es-tu ?

Abdoulaye Bathily: Aujourd’hui je suis conseiller municipal  d’opposition à l’Haÿ-les-Roses. J’étais avant les élections municipales de 2014 maire-adjoint. Je suis également le secrétaire de la section socialiste de la ville.

 

Donne-nous deux adjectifs pour te décrire :

Militant et passionné !

C’est Christophe Girard qui un jour m’a dédicacé son livre Le petit livre rouge de la culture:  «  A toi Abdoulaye le militant »

 

Fier qu’un homme politique sénégalais, médiateur de l’ONU porte ton nom ?

C’est un membre de ma famille ! Le nom Bathily  est d’origine sénégalaise.

 

Un autre Bathily s’est illustré en janvier dernier. Nous ne voulons pas te réduire au statut de « cousin de », mais peux-tu nous dire ce que tu as ressenti le vendredi 8 janvier dans la soirée ?

Un soulagement de savoir mon cousin en vie. Nous n’étions pas au courant de son geste. C’est à seulement 23h que l’on a eu la confirmation qu’il était vivant. Je me rappelle, ce soir-là j’étais en réunion de négociations pour les élections départementales…

 

Et à quel moment échanges-tu avec lui ?

Le matin, j’ai été réveillé par des SMS d’amis qui avaient vu le reportage  de BFM TV  sur Lassana. Je n’avais pas encore pris conscience du phénomène médiatique qu’avait engendré son geste. Je me rends alors aux voeux de la ville d’Évry. Francis Chouat, le Maire et son directeur de cabinet  viennent me voir pour savoir comment il se portait. Au même moment, mon cousin Zakaria m’appelle pour me dire que Lassana est harcelé par les médias. J’en parle alors à mon père qui me dit « Va t’occuper de lui. Il n’y a que toi qui puisse l’aider dans ce moment ». Je le rejoins alors le samedi soir dans un café à Porte de Clichy pour une interview avec France 2 puis I Télé. Puis nous enchaînons les plateaux…

Je n’ai pas oublié et lui non plus que les premiers à m’avoir contacté sont Jean-Christophe Cambadélis, Francis Chouat, Luc Carvounas, Pascale Boistard.

Mais il dit lui même « Je ne suis pas un héros ».

 

Et où te trouvais-tu le 11 janvier ?

J’ai manifesté place de la République avec le Député-Maire de Fresnes. Nous avions déjeuné d’une soupe Phô avec des copains de la circonscription. Nous nous sommes ensuite rendus place de la République. Ce matin-là je ne savais pas où se trouvait Lassana. Puis j’ai appris que le Président Hollande voulait le rencontrer….

 

Tes premiers pas à Belleville ?

Belleville fait parti de mon enfance. Mon père était ami avec le gérant de la boucherie rue des Couronnes et enfant, je partais souvent acheter le poulet là-bas en métro. Belleville c’est un peu le bled. C’est aussi un formidable lieu de brassage des cultures. C’est là où j’ai mangé ma meilleure paëlla 🙂 C’est aussi un bel exemple de cohabitation entre les différentes cultures, de vivre ensemble dans la paix et la fraternité.

 

La raison de ton engagement en politique ?

Il y a eu plusieurs étapes. Ma fibre civique je la dois tout d’abord à une professeure au collège et à mon père. Mme Hélène Césari m’a appris l’importance du droit de vote. Et mon père à sa manière : à mes 18 ans, lors d’un jour de vote, il m’a dit : « Abdoulaye, tu es allé voter ? Si tu ne votes pas, tu ne rentres plus ici ». Je suis alors allé au bureau de vote et je tombe sur qui ? Mme Césari qui tenait le bureau de vote…

Mon père m’a donné également le sens de l’engagement. Très tôt il m’a dit que si je voulais faire en sorte que les choses changent, évoluent, il fallait que des jeunes comme moi s’engagent.

En 2005, j’ai décidé de reprendre mes études. Je travaillais alors dans le bâtiment mais j’ai vite développé ma fibre commerciale : dès qu’il y avait une situation difficile, c’était moi que l’on envoyait au contact des clients ! C’est comme cela que j’ai entrepris des démarches pour intégrer une école de commerce. Très vite on m’a dit que ma couleur de peau allait être un handicap. Mais je suis bélier, donc têtu. Plus on me disait cela, et plus j’insistais ! Ce qui a porté ses fruits, une entreprise m’a accepté en apprentissage.

J’ai pris vite goût aux questions économiques. Mon professeur était d’ailleurs membre du PS. Je lisais énormément et j’ai également pris des cours de théâtre ce qui m’a beaucoup aidé pour la prise de parole en public.

2005, c’est aussi l’année des émeutes. J’ai vu les choses se dégrader dans le quartier et certains jeunes se perdre. Les parents venaient me voir pour me dire de faire bouger les choses. Puis en décembre 2006, j’ai dit à mon père qu’il fallait que les choses changent et que j’allais m’engager au Parti socialiste. Il m’a dit « Laisse-moi 3 jours pour y réfléchir ». Et ensuite il a dit OK. J’ai alors adhéré en pleine période de campagne présidentielle. Ma première réunion de section a été un choc : beaucoup de cheveux blancs ! Je n’avais pas cette image du PS ! Puis j’ai fait connaissance avec certains cadres du PS. J’ai « fait mon trou » au parti, j’ai crée mon propre réseau…

« Apprendre, comprendre et entreprendre » comme le dit Kery James. J’ai réussi mes études. Certains jeunes n’ont pas la capacité d’accepter toutes ces barrières que l’on peut nous poser. Mon engagement c’est aussi une manière pour moi de redistribuer tout ce que j’ai acquis, d’apporter mon expérience, mes conseils. C’est la moindre des choses que je puisse faire.

 

Quel est ton état d’esprit aujourd’hui ?

Je regrette le repli sur soi.

Les jeunes se sont désintéressés des Partis politiques pour aller vers des horizons plus sombres. Quant tu vois autour de toi plein de jeunes échouer, lorsqu’à la TV tu vois tout ce que certains peuvent reprocher aux jeunes des quartiers populaires, tu as tendance à te refermer et tu ne crois plus vraiment en la République, parce que tu penses que la République n’a pas reconnu tous les siens.

Les partis n’ont pas vraiment voulu s’ouvrir à ces questions d’échec social, il y a eu une sorte de déconnexion avec la réalité et aujourd’hui on n’assume pas nos erreurs passées.

« On » n’a pas fait « assez » pour les quartiers populaires. Mais « on » a pas su non plus valoriser les belles choses qui ont été réalisées.

 

Restes-tu optimiste ? Où nous battons-nous contre des moulins à vents ? Sommes-nous les derniers mohicans des quartiers populaires ?

Nous sommes entre deux eaux. Il y a les gens de bonnes volontés et ceux qui rejettent toute évolution par crainte de contradiction ou encore ceux qui rejettent en bloc tout ce qui a trait à la politique. On a sous-estimé l’espoir qu’avait généré l’élection de François Hollande, notamment sur la promesse du droit de vote des étrangers. Le combat politique n’a même pas été mené ! Le lien de confiance s’est donc rompu et n’est pas prêt d’être rétabli.

Aujourd’hui il faut porter un discours plus en phase avec la société. La question de l’entrepreneuriat est une question essentielle dans nos quartiers.

On doit avoir en tête le 11 janvier mais je regrette qu’il n’ait pas marqué un tournant dans notre approche, dans notre discours, dans notre vision de la société vis-à-vis d’une partie de la jeunesse qui se sent aujourd’hui oubliée par la République. Rien n’a réduit la fracture… et c’est préoccupant.

Les élus locaux sont des piliers essentiels. Je parle de ceux qui savent de quoi nous parlons. Pas de ceux qui parlent des quartiers populaires sans même avoir un nom de famille ou un visage en tête. Pas de ceux qui opposent ce qu’ils appellent « les quartiers » au reste du pays. Sinon on ne défend pas la République.

Les élus locaux ont une mission de proximité obligatoire !

 

 

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