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« Nous sommes là ! »

Portraits croisés de deux passionnés passionnants à La Plage, Quai de l’Oise 75019.

 

Adji AHOUDIAN

Adjoint au Maire du 19ème arrondissement de Paris, Prince à ses heures 😉

Né le 10 septembre 1979 au Burkina Faso.  Adji a grandi dans un village et a été élevé par sa mère seule. Il n’a jamais connu son père décédé alors qu’il avait à peine un an.

 

Sadia DIAWARA

Directeur d’un centre d’animation, militant éducation populaire, entrepreneur militant, co-producteur  du long métrage « La Cité Rose« .

Né le 14 janvier 1979 à l’hôpital Bichat (18e)

 

 

Deux adjectifs pour qualifier votre état d’esprit du moment :

Adji : Pragmatique et disponible

Sadia : Heureux et déterminé

 

Votre première rencontre ?

Adji : 2005, au pied de la tour rue Archereau.

Sadia : Non 2004 ! Mais nos premiers échanges c’était lors d’une réunion avec Khalifa pour la préparation du festival afro.
En 2004, les difficultés et péripéties pour l’association Braves Garçons d’Afrique s’estompent et on réussit beaucoup de projets dont celui du festival Afro. On se rencontre tous à cette période là en fait !

 

Nous sommes 10 ans après ce qu’on a qualifié « d’émeutes urbaines » en 2005. On lit beaucoup de choses. Qu’est-ce que cette période évoque pour vous ?

Sadia : Il ne faut pas juste évoquer ces événements de l’année 2005.
2005 est aussi l’année du désenclavement. On cherchait à sortir de notre quartier.
J’ai découvert qu’il pouvait y avoir des tours à Paris ! Pour moi, parisien de naissance, Paris se résumait à la Tour Eiffel, aux sorties à Châtelet ou encore à la petite crêpe à Montmartre. J’avais la vision d’une ville aux vieux immeubles, je ne me doutais pas qu’il pouvait exister des « cités » dans la capitale.

2005 c’est aussi l’année noire en terme d’incendies. Le 15 avril, 25 personnes périssent dans l’incendie de l’hôtel Paris-Opéra. Les flammes détruisent la totalité de cet hébergement d’urgence où résidaient des familles d’origine africaine. Le 26 août, 17 personnes trouvent la mort dans le terrible incendie d’un immeuble vétuste situé à l’angle de la rue Edmond-Flamand et du boulevard Vincent-Auriol dans le 13earrondissement. 3 jours plus tard c’est un immeuble de la rue Roi-Doré dans le 3earrondissement qui prend feu et tue 7 personnes. Puis le 4 septembre, une tour d’habitation s’enflamme à l’Hay-les-Roses et fait une douzaine de victimes.
Pour la première fois on se rendait compte des conditions de vie de ces familles entassées dans ces immeubles insalubres en pleine capitale…

 

Adji : 2005 a été une sorte de déclic pour de nombreux acteurs associatifs. Avant 2005, chacun travaillait de son côté. Dans son quartier. Personne ne prenait vraiment la peine de voir ce qui se passait ailleurs. C’est l’idée d’une fédération des associations d’Ile de France évoquée par Sadia qui a émergé. L’idée était d’envoyer un signal fort aux déclencheurs des politiques publiques.

 

Sadia : 2005 c’est l’année où beaucoup se sont interrogés sur notre statut de citoyens Français. Beaucoup se sont posés la question : Je suis Malien ? Franco-Malien ? Mon père à la réponse : Tu es Français !

 

Adji : La question c’est aussi et peut être surtout : « Toutes les vies ont-elles le même prix ? » Lorsqu’un meurtre est commis dans un quartier populaire, toute la presse titre : « Règlement de compte ». Pas besoin d’enquête ? La famille que lui envoie t-on comme message ? « Votre fils est mort. Nous on sait déjà pourquoi. Clap de fin ».
On a aussi souvent occulté le déclic positif de cette période chez les jeunes leaders associatifs. Et quelque part on peut dire « Merci Sarko » ! Nicolas Sarkozy avec ses sorties dans les quartiers, ses mots forts comme « Kärcher », cet affrontement permanent, quasi physique avec le ministre de l’intérieur de l’époque en a « conscientisé », politisé plus d’un. Plus il tapait dur, et plus on avait envie de répondre « nous sommes là ». « Nous sommes Français ! Citoyens à part entière ».
C’est ce qui a créée une dynamique et qui fait notamment ce que nous sommes aujourd’hui avec Sadia, 10 ans après.

 

Et alors aujourd’hui ?

Adji : On ne peut pas dire que depuis 2005 rien ne s’est passé pour les jeunes des quartiers populaires. Arrêtons de mettre en lumière uniquement les échecs, et il y en a, et penchons-nous plutôt sur ce que j’appelle les « petites avancées ». Valorisons ce qui peut être valorisé ! Depuis 2005 tout un processus, un cheminement s’est mis en place. Regardez la diversité associative, le nombre de jeunes qui se prennent en mains, qui s’arrachent et qui se lancent dans des projets dont ils auraient à peine rêvé en 2005 et qu’ils mènent avec brio aujourd’hui ! Qui aurait dit que Sadia deviendrait réalisateur – producteur, directeur de centre d’animation ? Combien d’entre nous sont aujourd’hui élus municipaux, départementaux, régionaux ? Regardez la télévision, la « diversité » des animateurs. On ne voyait pas ça à l’époque. On n’osait l’imaginer !

Sadia : 10 ans après, notre ambition C’est d’emmener le maximum vers la citoyenneté ! Nous sommes tous de passages mais aussi des passeurs. Ceux de la confiance. Nous sommes là !

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