Ayda Hadizadeh

Née le 12 février 1982 à Téhéran (Iran).

Twitter : @aydahadi

Habitante du Val d’Oise (95)

 

Ayda Etienne 23 ayda

 

 

 

 

 

 

Crédit photos: Etienne Thomas Derevoge

 

Ayda on nous en a beaucoup parlé. On l’a croisé de-ci de-là.

Ce vendredi on s’est posées et le meilleur moyen de parler c’est de manger.

On ne vous dira pas qu’elle est belle, ni que son regard noir pétille sans cesse. On vous dira qu’elle nous a emporté dans son récit. Celui d’un exil. Celui de sa mère pour ses enfants. Avec ses enfants et pour elle.

On lui parle de Persepolis, l’album, le film. Elle nous parle des premières images dont elle se souvient enfant : photos sur un journal avec des hommes pendus. Un journal avec les photos des exécutions… Elle nous raconte les discussions chez elle  autour des arrestations, incarcérations etc.

Ayda est fille d’exilés, de réfugiés en France. La situation actuelle des réfugiés fuyant leur pays pour l’Europe ne peut pas la laisser indifférente.

Nous sommes à Téhéran après 1979. Après la Révolution iranienne. La révolution de 1979 qui a transformé l’Iran en république islamique, renversant l’État impérial d’Iran de la dynastie Pahlavi. Et qui a fait s’installer Khomeiny au pouvoir en Iran. Son père rentre très vite dans la clandestinité. Il fait partie de l’opposition armée. Sa mère monte un journal.

La situation politique en Iran est telle que sa mère décide de s’enfuir.

Elle hésite un temps à partir seule et laisser ses deux filles à sa mère, mais elle finit par prendre la décision de partir avec les « deux sous le bras ».

Il ne s’agit pas de prendre un vol pour Paris à Téhéran mais bien de quitter clandestinement le pays. Sa mère refusera de prendre les capsules de cyanures que les passeurs distribuaient aux différents convois. Bien sur un voyage très difficile avec deux filles en bas âge au temps où les couches étaient encore des langes !

Et ce sera pour arriver à Auvers sur Oise.

Il y aura un nouveau départ pour rejoindre leur père qui poursuit la lutte armée en Irak. Son petit frère naît en Irak, fils d’iraniens en pleine guerre Iran/Irak.

Sa mère finit par revenir définitivement en France. Plus que le récit de son enfance dans le Val d’Oise, c’est celui de l’épopée de sa mère qui est en filigrane de tous nos échanges.

La mère d’Ayda s’établit avec ses enfants à Saint-Ouen-L’ Aumône (1986-1987). Ayda insiste sur la chance que sa mère a eu de nouer des relations amicales très fortes en France qui l’ont aidées à s’installer. Et  dont l’amitié sera sans faille. Elle trouve très vite un job d’assistante maternelle et s’occupe de 3 enfants qu’elle garde à domicile en plus de ses 3 enfants.

En parallèle la guerre du Golfe éclate et la famille d’Ayda qui résidait encore en Irak (notamment les enfants) sont envoyés en Jordanie puis éparpillés dans toute l’Europe.

Ayda comme sa grande soeur et son frère apprendront à lire et écrire le persan. Leur mère y tient tout particulièrement, si retour au pays, il ne faudrait pas qu’ils soient perdus.

On sourit lorsque Ayda évoque Monsieur Cubas, instituteur de Cours Préparatoire érigé au « Panthéon familial » par sa mère. Il apprend à lire à toute la famille : leur maman apprendra ainsi à lire le français au même rythme que sa fille aînée.

Ayda est bonne élève et a tout de suite démontré une soif d’apprendre dès sa première arrivée à l’école (grande section de maternelle).

En élémentaire elle intègre une classe musicale à Cergy où elle apprend la flûte traversière.

Elle poursuivra ensuite ses études en section européenne.

La mère d’Ayda est très soucieuse de l’éducation de ses enfants (elle enverra même le dernier en école privé loin de Saint Ouen pour éviter qu’il s’éparpille un peu trop).

Une petite anecdote aurait pu nous échapper, nous paraître insignifiante. Elle est au contraire remplie de sens, un des « marqueurs » des préoccupations au quotidien d’une famille d’exilés. La mère d’Ayda portait une attention particulière pour que ses enfants ne mettent pas de sucre dans leur yaourt pour que la rupture ne soit pas trop sévère en cas de retour en Iran…

Ayda obtient son BAFA à 17 ans et s’occupe des 12-15 ans.

Le déclic vient lorsqu’en juillet dans le quartier de Chennevières, on fait appel à ses talents d’animatrice pour occuper les jeunes « laissés à l’abandon », désœuvrés. Les bonnes soeurs s’occupant de ces jeunes habituellement étant parties en vacances en juillet.

Elle monte un projet d’animation de rue : « c’est là que j’ai compris l’importance de donner un vrai sens à ma vie. Dans la famille travailler sans but uniquement pour « faire du fric » est inconcevable« .

Elle s’engage en politique en 2007 pendant l’élection présidentielle au Parti Socialiste.

Lorsqu’on lui demande deux adjectifs pour se décrire Ayda hésite beaucoup. L’adjectif « déterminé » vient vite dans la discussion. Nous lui indiquons que c’est un qualificatif qui revient beaucoup dans la bouche des personnalités que nous « racontons ». Elle se décide alors : « fière et drôle ». Mais s’inquiète de suite « pas fière dans le sens péjoratif ». Nous rajouterons qu’elle est « unique ».

On a parlé art culinaire aussi un peu… Meilleur resto iranien à Paris pour Ayda : Mazeh dans le 15e arrondissement.

 

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