Gamme de sol majeur – Entretien avec Sandrine Martin

Sandrine Martin, née le 22 février 1977 à Poitiers (86), Conseillère départementale, Présidente du groupe « Vienne à gauche » – @SandrineM86

En janvier 2015, devant l’afflux de jeunes mineurs étrangers isolés, le Conseil départemental de la Vienne a choisi la fermeté. La collectivité en charge de la protection de l’enfance a décidé de « suspendre les nouveaux accueils pendant un mois ». « Le Département prend en charge cent neuf mineurs pour un coût annuel de 3,8M€ », déplore Bruno Belin (Les Républicains), son président. L’exécutif départemental avait alors adopté une motion entérinant ce moratoire sur l’accueil et appelant à « réaliser une étude (…) de faisabilité pour créer une structure d’accueil spécifique pour ce public ».

Le groupe Vienne à gauche a voté contre. « Il faut intégrer ces migrations comme un élément structurel de nos politiques publiques », estimait Sandrine Martin, conseillère départementale d’opposition, devenue depuis Présidente du groupe.

Sandrine Martin, c’est cette trempe d’élu(e) s qui n’ont pas le « Moi JE » toujours à la bouche, qui ont des « colères saines » (syndrome local :), des combats quotidiens, qui lorsqu’elle parle des jeunes mineurs isolés, a des noms et des visages en tête, pas juste une litanie de broderies du « moi, élu(e) de terrain, je, je je, je je ».

Sandrine, c’est une première rencontre alors qu’elle a une jambe plâtrée il y a plus de 15 ans, dans un rade à Paris, une cave aux carreaux métro blancs et bleus. C’est la petite sœur qu’on ne voit que trop peu souvent. Celle qu’on retrouve au buffet de la Gare à Poitiers avant de rentrer sur Paris. On parle des enfants, mais surtout on parle politique. Très peu de mécaniques d’appareil. On parle des sujets qui nous préoccupent : politiques publiques dans les quartiers prioritaires, ceux qu’on dit « populaires » pour ne pas dire « pauvres », éducation populaire, jeunes mineurs isolés.

Comme des reines: Tu as mené la bataille pour l’accueil des jeunes mineurs isolés en 2015, qu’en est-il aujourd’hui dans la Vienne?

Sandrine : Le président de la Vienne avait carrément bloqué l’accueil des mineurs isolés en 2015, désorganisant au passage les associations locales et la justice, en pensant qu’il donnerait un signe fort au passeur… Après de nombreuses interventions, nous avons enfin réussi à faire comprendre que le phénomène migratoire actuel devait être traité sous l’angle structurel et pas conjoncturel en créant une vraie politique publique d’accueil avec des moyens dédiés (personnel, hébergement, partenariat avec l’Education nationale, accueil citoyen…). Les migrations vont s’accentuer pour diverses raisons, nous devons faire de l’accueil et de l’intégration, pour ceux qui souhaitent rester, une politique publique nationale et européenne à part entière.

Peux tu nous expliquer « les engagé-e-s 86 » ?

Les engagé-e-s86 c’est l’envie de quelques copains engagés (politiques et associatifs) de remettre le débat public au cœur de la cité pour ramener la « politique » vers ceux qui en sont le plus éloignés. Pour choisir, il faut comprendre, confronter son point de vue, se questionner. On a juste repris Condorcet, notre objectif : « rendre la raison populaire ». C’était malheureusement quelque chose qu’on arrivait plus à faire dans les organisations où nous sommes engagés.

La synthèse du dernier rapport du Cnesco détaille une « longue chaîne de processus inégalitaires » qui se cumulent et se renforcent à chaque étape de la scolarité : inégalités de traitement, inégalités de résultats, inégalités d’orientation, inégalités d’accès au diplôme et même inégalités d’insertion professionnelle. S’il reconnaît que la politique menée depuis 2013 permet des avancées, il regrette la trop lente mise en œuvre. Doit-on se résoudre à cette incapacité de la France de réduire les inégalités de naissance à l’école ?

C’est ce qui me fait lever tous les matins, on ne peut pas se satisfaire de cette situation. Une des erreurs a été de faire de « l’égalité des chances » la solution miracle. C’est très violent au quotidien : on dit à un jeune: « On te donne les mêmes chances de réussir, si tu n’y arrives pas c’est ta responsabilité ».  Je crois plutôt à l’égalité des droits. Ce qui nous intéresse c’est moins les moyens alloués que leur efficacité. Deux types d’inégalités se cumulent en arrivant à l’école, celles que les enfants subissent par leur naissance et celles que le système scolaire génèrent lui-même.  Nos chercheurs en sciences de l’éducation ont des solutions mais leurs expérimentations se heurtent à la fois au mythe de la méritocratie républicaine et à l’inertie de l’administration Éducation Nationale. La lutte contre les inégalités notamment à l’école c’est se battre pour sauver notre démocratie.

 

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