Mais qui sont ces gens ? C’est quoi ça les gens ? Qui sont ceux qui ne savent nommer et ne parlent que des gens ? C’est câblé comme disait François Mitterrand ?

Oui c’est « chébran », c’est la connect attitude, le langage des « brigades du Kif ». On[1] ne dit pas: « Salut les amis » ou « salut les potos », hyper ringard ! On dit : « Salut les gens! ».

Si tu dis : « Bonjour à toutes et à tous » en rentrant en réunion, tu es juste une véritable has-been. Il est du meilleur goût d’utiliser un maximum d’anglicismes aussi. Cependant à noter pour tout de suite, l’emploi de mots comme « disruptif », « disruption » peut être du meilleur effet tout autant.

Et puis c’est un drôle de mot, « gens ». Pluriel, à la fois masculin (des gens intéressants) et féminin (bonnes gens, vieilles gens). Sans parler des expressions toutes faites sur les gens qui sont méchants, celui qui n’aime pas les bêtes n’aime pas les gens, les gens exagèrent, les gens ont quand même de l’argent,les gens en ont marre, les gens sont sans gêne, les gens n’en peuvent plus, les gens sont extraordinaires, laisse parler les gens, qu’est-ce qu’ils croient les gens? etc.

Avant c’était vaguement méprisant, formule simple et grossière comme « les braves gens »… maintenant c’est « les gens qui ne  sont rien » ça c’est pire que tout.

Il y a quelques années sur les réseaux sociaux ce sont les jeunes internautes qui ont détourné les gens, mi-ironique, mi-cocooning entre anonymes sur la toile. Là les gens c’est à tout bout de champ.

À l’époque actuelle comme dirait l’autre, c’est tout le monde, tout le temps. Les gens. L’impression que tout un chacun est fondu dans le générique, le nombre indéterminé, le collectif indistinct… Le moi n’existe plus, le sujet se dissout, restent des « gens« … qu’on met tout autant dans des cases. Les gens pratiquent le co-working, le co-voiturage, le co-construit, le co-aching… 🙂

Enfin si le Moi a réussi, les gens ne sont rien. Les gens, c’est les autres, tous les autres, ceux qui nous entourent en foule et dont on sent bien qu’ils sont à la fois comme nous et quand même pas vraiment puisqu’en les désignant ainsi on peut les juger sans se gêner.

Bisous les gens !

KG

[1] « On » est un con

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