En juillet 2015, nous lancions ce site avec l’un de nos premiers portraits, celui de Sadia Diawara. Nous aurions pu considérer avoir déjà beaucoup dit. Cette date anniversaire nous permet d’écrire un nouvel article consacré à Sadia parce que justement beaucoup reste à dire.

Le budget de la politique de la ville devrait être amputé de 46,5 millions d’euros, soit 11% de son budget total. La nouvelle fait déjà grincer des dents. Car le but de cette enveloppe est d’améliorer les conditions de vie des habitants, en finançant un grand nombre de dispositifs d’accompagnement, notamment dans les quartiers les plus pauvres de France.

En 2015, dix ans après la mort de Zyed et Bouna lors d’une poursuite avec la police, Sadia Diawara alertait déjà sur l’enfermement de la population, loin de tout. Les années de travaux et les millions d’euros investis pour « désenclaver » et « déghéttoïser » « les quartiers » ont embellit le décor, mais on est loin d’avoir tout changé.

C’est là que le bât blesse. « La rénovation urbaine a surtout produit une fragmentation de la pauvreté à l’intérieur des quartiers, et non pas une dispersion de la pauvreté », constate Christine Lelévrier, sociologue et urbaniste, professeure à Paris-Est Créteil, qui participe à la création d’un Observatoire de la mixité sociale qui devrait voir le jour en septembre.

Sadia Diawara raconte aussi quelle était la réalité des relations entre les habitants des quartiers en politique de la ville et les forces de police. La suppression de la police de proximité a fait basculer la politique de médiation à celle du chiffre : « Quand j’étais jeune, nous faisions des matchs de foot avec la police, des courses de motos… Je connaissais les policiers par leurs prénoms, mes parents aussi. Je me souviens de l’un d’eux, Ben, au moindre souci, il venait chez nous ». Sadia est un enfant de Pierrefitte, où sa famille habite toujours.

L’un des enjeux est bien de travailler sur la réinsertion sociale des jeunes. Créer un réseau des acteurs sociaux et associatifs qui œuvrent continuellement sur le terrain afin de pouvoir orienter les jeunes et leurs familles, mais aussi d’intégrer ces jeunes à des groupes et de leur faire pratiquer des activités quotidiennes. Une des pistes serait de fédérer les structures associatives et les acteurs sociaux, d’unir leurs compétences et d’oeuvrer ensemble dans le même sens. 

Directeur du Centre Paris Anim‘Curial, producteur du long métrage La Cité Rose et fondateur de plusieurs associations toujours auto-financées (dont Road Tree’p), Sadia Diawara a 38 ans. A toutes celles et tous ceux qui aimeraient être utiles, celui qui ne cherche jamais à se définir comme étant un « exemple » est pourtant exemplaire, il est chaque jour utile. Utile ce mot parait bien futile à l’inventaire des actions et projets que Sadia a mûrement réfléchi pour les mettre en oeuvre et les mener à bien jusqu’au bout. S’il est lanceur d’alerte c’est toujours avec une solution à proposer à la clé. Si sa parole est forte et qu’elle porte c’est qu’elle n’est pas employée à tort et à travers. Si elle est mesurée elle n’en est pas moins pertinente, incisive et expérimentée. Directeur d’une structure au coeur de la Cité Curial, responsable associatif, producteur de films, il est aussi un extraordinaire éducateur.

Nous l’avons vu à l’oeuvre et en action sur un merveilleux projet dont il a été l’un des principaux moteurs avec notamment Sébastien Répecaud auquel nous avions aussi consacré un portrait. « Mémoire Comme Une », ce film réalisé par Cyril Lefèvre et six jeunes ambassadeurs du 19ème arrondissement était révélé au public le 14 janvier 2017. Au lendemain des terribles attaques terroristes qui ont  » ensangloté  » la France en 2015, un travail passionné a accaparé six ambassadeurs de la fraternité. Nés et ayant grandi dans le 19e arrondissement, ils ont interrogé la mémoire de leurs familles, celle de grandes figures de leur territoire d’apprentissage de leur vie d’adulte.
De Auschwitz à Pointe-à-Pitre, ils sont allés chercher ce qui doit résonner dans chaque enfant de la République.

Sadia Diawara est sans contestation possible l’un des piliers les plus sûrs, pour persévérer à créer un lien solide et durable entre les habitants de nos quartiers les plus fragiles. Il investit son énergie et ses valeurs. C’est nous qui avons besoin de lui. Ces quelques lignes ne sont que le juste retour dû à cet homme de grande valeur, en attendant la suite avec impatience ;-).

Crédit photo : @SbyPhotography @Sbyrpco

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