Un petit coup de « moins », un coup de blues, un seul Conseil : rencontrer dAcRuZ ! Tellement Simple qu’on osait y croire. Baba devant ses œuvres depuis plusieurs années, nous ne connaissions pas l’artiste. Lors du festival Ourcq Living Colors en 2015 il était là, en train d’œuvrer, nous n’avions pas osé passer pour les deux godiches « on aime beaucoup ce que vous faites ».

Quelques mois plus tard, nous avions une première prise de contact via Instagram. Depuis nous avons à chaque occasion un réel plaisir à échanger avec lui. Une passion commune sans doute pour ces quartiers que l’on dit populaires, fragiles, sensibles, … No Go zones pour certains.

dAcRuZ a grandit dans le 19ème arrondissement de Paris. De la maternelle de la rue de Thionville au collège Sonia Delaunay, il garde des amitiés, des vraies. Son enfance, son adolescence, c’est aux abords du canal de l’Ourcq qu’il les vit. Durant ces années, personne ne se précipitait pour habiter cet arrondissement du nord-est parisien. Considéré comme cité dortoir, pas une âme pour flâner ou courir le dimanche le long du canal. Nous sommes à quelques foulées de ce qui était un terrain vague, celui de Stalingrad. Il s’y est joué la légende du hip-hop français dans les années 1980. C’est ici que le DJ Dee Nasty, pionnier du rap en France, a lancé le concept des free-jams. C’est aussi ici que des collectifs de graffeurs mythiques comme BBC, CTK ou TCG ont vidé leurs bombes.

dAcRuZ raconte la pauvreté du nord du Portugal. L’arrivée de ses parents en France, leur installation dans le 19ème arrondissement. On plaisante sur les quelques « similitudes » avec le film La Cage dorée . Si les Français ne confondent pas tous le Général Alcazar avec Salazar leur découverte du Portugal reste relativement récente. Lorsqu’on est né en France avant 1980, rares étaient ceux dont les parents proposaient des vacances au Portugal au cours de notre enfance. Isn’t it ? Aujourd’hui Lisbonne est aussi blindée de Parisiens au mois de juillet que Deauville un week-end de mai. Et dAcRuZ glisse dans un sourire, qu’il n’y a pas que Lisbonne au Portugal…

Les clichés, les a priori, celui qui est devenu une figure emblématique du mouvement Street-Art en France maîtrise parfaitement la rhétorique pour leur casser le cou. dAcRuZ voulait donner un caractère universel à son art pour pouvoir parler à tout le monde. Il a donc fait le choix de peindre des masques que l’on retrouve dans chaque civilisation. Il a choisi d’être accessible au plus grand nombre. Il est appelé à travailler à travers le monde entier mais garde ce fil conducteur et son rôle social au coeur du 19ème arrondissement. dAcRuZ a embellit et valorisé ce territoire sans conteste. C’est un merveilleux ambassadeur de ce quartier où chaque week-end on peut croiser des touristes qui, même en dehors des visites guidées des spots street-art qu’il a initié avec l’association Cultures PasSages, viennent admirer et photographier les oeuvres de dAcRuZ.

Les habitants des quartiers populaires peuvent se réapproprier l’espace public puisque comme l’affirme dAcRuZ, le street-art favorise « l’émergence d’une iconographie partagée, de repères communs, et donc d’une mémoire collective ». Une mémoire collective d’autant plus importante que les politiques de rénovation urbaine successives font régulièrement disparaître les traces du passé ». Cette mémoire collective, ces repères communs, il les a fait vivre et les a déployés au cours des années de démolition de l’ancienne usine de chauffage urbain CPCU. Il ne s’agit ni de nostalgie ni de passéisme mais bien de la nécessité de pouvoir nouer tous les fils de cette mémoire collective de nos quartiers.

dAcRuZ allie de manière habile son travail d’artiste, exposé dans de nombreuses galeries, ou toujours à ciel ouvert, et celui qu’il impulse avec l’association Cultures Pas sages notamment avec le festival Ourcq Living Colors. Lancé il y a onze années, il est aujourd’hui un évènement attendu par les passionnés et fins connaisseurs du street-Art, mais surtout par les habitants

Etre amateur de Street-Art est depuis quelques années « dans l’air du temps ». dAcRuZ est un artiste, encore jeune, original et créatif, en prise directe avec le réel et la jeunesse de son pays. C’est sans doute pour ces raisons que la marque italienne de vêtements Diesel l’a sollicité pour lancer sa nouvelle collection Tank. Une campagne de publicité a mis à jour les relations de l’art urbain et la publicité. Une fresque géante, une oeuvre monumentale voyait le jour sur un mur ayant pignon sur une placette, jouxtant le quai de Valmy. Pendant une semaine, la fresque a été réalisée (collage sur le mur d’un support papier, mise en peinture). Elle est restée exposée huit jours. Pas un jour de plus. Les très nombreux habitués des berges du canal St Martin ont relayé l’information et diffusé des images de la fresque via les réseaux sociaux. Les amateurs de street art, très rapidement, ont photographié la fresque dans tous ses états et mis en ligne les clichés. Gros tam-tam garantit ! La fresque de dAcRuZ était intitulée « Make love not walls ». Ce n’est effectivement pas en construisant des murs qu’on peut oeuvrer à réussir le vivre ensemble.

Si le mur de la honte érigé par des riverains bloquant l’accès à un hôtel transformé en centre d’accueil pour migrants près de Tarbes (haute-Pyrénées) n’avait pas été détruit par ces mêmes riverains il y a quelques jours, nous n’aurions pu qu’espérer qu’une mobilisation d’ampleur et celle de Street-Artistes comme dAcRuZ pour y imposer un autre message par un acte militant, celui du vivre ensemble !

Crédit Photo : JR

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