Pas si blême…

L’histoire du logement social est indissociable de l’évolution économique, politique et humaine du pays. Cet héritage de notre patrimoine républicain s’impose comme un élément majeur du pacte social d’aujourd’hui.

C’est en 1910 que naît l’Union syndicale des locataires ouvriers et employés qui va faire grand bruit sous la houlette de Georges Cochon, un communiquant hors pair, sauveur « des gueux ». Le logement locatif social devient alors en quelque sorte une nouvelle conquête sociale.

Pour la première fois, on parle de droit au logement. C’est aussi à partir de 1910 que la gauche française commence à s’intéresser à la question du logement. Si elle soulignait jusque-là les conditions déplorables de logement de la classe ouvrière et militait sur la question des loyers, les solutions ne pouvaient passer, selon elle, que par la révolution. Construire des habitations ouvrières, c’était s’intégrer au modèle capitaliste.

A Paris, trois arrondissements concentrent à eux seuls près de 50 % de l’offre locative HLM. Le 13ème, le 20ème et le 19ème. Ce dernier est d’ailleurs le secteur où l’on trouve le plus de logements sociaux (33 575). La question de la mixité sociale au sein des arrondissements de la capitale est un enjeu majeur. Parmi les mauvais élèves, on retrouve le 16ème arrondissement (3 654 HLM), le 6ème arrondissement (719 HLM) et enfin le 7ème arrondissement, qui arrive bon dernier avec 555 HLM soit 1,9 % du parc immobilier du quartier.

Certains quartiers d’habitat social et de copropriétés dégradées sont devenus des lieux de ségrégation sociale et de concentration des dysfonctionnements : chômage, échec scolaire, désœuvrement, sentiment d’abandon, stigmatisation, tensions.

La loi Borloo de 2003 d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine définissait les modalités d’intervention de l’État dans les Zones urbaines sensibles (ZUS) et créa l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU). Il fallait rebâtir certains quartiers HLM afin de mieux les intégrer à la ville. Les opérations de démolition-reconstruction s’engagent alors que se redessine une profonde crise du logement abordable.

La Cité Curial « ou » cité Michelet a fait peau neuve. D’autres grands ensembles sociaux sont en cours de réhabilitation dans le 19ème. Les habitants de la cité ne chantent pas tous les jours mais sont heureux de cette rénovation tant attendue qui leur offre un lieu de vie propre avec des activités qui dynamisent et désenclavent socialement la cité. Les habitants ne s’octroient pas toujours le droit de participer à ces dispositifs mais les acteurs associatifs travaillent sur cette problématique et malgré tout, les habitants se sentent valorisés d’avoir ces infrastructures en bas de chez eux. Un nouveau quartier est aussi sorti de terre : en 2015 le quartier Macdonald a pris vie avec plus de 15 000 nouveaux habitants. La volonté et la ténacité de l’équipe municipale du 19ème arrondissement était à la hauteur des attentes des habitants.

On « fête » les 40 ans de la politique de la ville alors qu’on annonce diminuer le nombre d’emplois aidés, qui, dans les « quartiers », ne sont pas des emplois aidés mais des emplois utiles. Pas de projets, pas d’ambition et une gestion comptable des choses. On réduit les budgets. On enterre la politique de la ville, ces quartiers, les habitants et leurs espoirs s’ils leur en restaient.

La police de proximité marqueur idéologique entre la gauche et la droite qui lui préfère une police d’intervention, est notamment défendue comme un facteur d’apaisement entre jeunes et police dans les quartiers dits difficiles. Symbole de la politique de sécurité de Lionel Jospin, la police de proximité avait été enterrée sous Nicolas Sarkozy. La création d’une « police de sécurité quotidienne » était une promesse du candidat Emmanuel Macron qui voulait ainsi « construire avec les élus de terrain, avec la population et l’ensemble des acteurs les solutions de sécurité« . Elle est annoncée pour début 2018.

En attendant, comme facteur d’apaisement, les députés ont adopté mardi 3 octobre 2017 à une large majorité et  en première lecture le projet de loi « renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme« …

Le 16 novembre 2015, quelques jours seulement après les sanglants attentats du 13 novembre, Robert Badinter, ancien garde des Sceaux, affirmait ceci : «L’État de droit, ce n’est pas l’état de faiblesse.» Et d’ajouter : «Mais la première exigence, c’est de maintenir les valeurs fondamentales de notre démocratie, et s’il ne faut hésiter à prendre des mesures nouvelles ce doit être toujours à la condition qu’elles ne méconnaissent jamais ce qui est au cœur de notre société, c’est-à-dire, les droits de l’homme

Bernard Cazeneuve a fait part de ses craintes au sujet de dérives potentielles, conséquences du vote de l’article 10 qui, selon lui, fait le lien entre l’immigration illégale et le terrorisme. L’ancien ministre de l’Intérieur pointe notamment du doigt cet article du projet de loi qui prévoit l’élargissement du périmètre dans lequel la police est autorisée à procéder à des contrôles d’identité sans l’aval de la justice. En bref la légalisation du contrôle au faciès : « Les personnes dont la nationalité étrangère peut être déduite d’éléments objectifs extérieurs » seront donc dans l’obligation de présenter des documents d’identité et de séjour. Bernard Cazeneuve incite le chef de l’État à « déférer le projet de loi au Conseil constitutionnel afin de trancher immédiatement le débat sur la constitutionnalité de certaines mesures ».

Nous le disions : lieux de ségrégation sociale et de concentration des dysfonctionnements : chômage, échec scolaire, désœuvrement, sentiment d’abandon, stigmatisation, tensions. En diminuant le nombre d’emplois aidés, on casse le travail de lien social que font les associations. Plusieurs expériences bénéfiques le démontrent, il faut parfois réinventer des choses simples. Il faudrait une dynamique sur la question de l’apprentissage entre autres… On pourrait imaginer de constituer des « bureaux de placement » soutenu par le monde de l’entreprise, de la nouvelle économie, de véritables « tuteurs » en capacité d’accompagner tous ces jeunes qui ne demandent que cela !

Et pourtant ! La créativité et le talent des quartiers explosent et s’exposent partout, notamment sur grand écran il y a quelques années à travers un beau film éponyme sur la «Cité Rose» à Pierrefitte, mais aussi à ciel ouvert, une thérapie par la couleur et l’accès à l’art pour tous pour être fier de son identité, celle de territoires très longtemps oubliés.
Une autre forme d’hommage à ce quartier monde où, malgré toutes les difficultés au quotidien, Diversité rime souvent avec Générosité et Solidarité pour tisser les contours d’une vie urbaine plus humaine.

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