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Comme des Reines

La vie en ville

> Le récit d’une hirondelle

Le 30 avril 1975, c’est la fin de la guerre au Viêt Nam. La fin d’un conflit de vingt années entre les deux Viêt Nam. A la veille et au lendemain de la chute de Saigon, plus de deux millions de Vietnamiens ont pris la mer, pour fuir le régime communiste, victorieux.

Quitter son pays pour trouver la liberté, mais aussi pour y retrouver de la dignité, c’est ce qu’ont désiré de nombreux Boat people. Mais la mer a, aussi, été le salut de nombre d’entre eux. Il y a eu plus de morts que de vivants dans cet exil.

Yen HUYNH NGOC et une partie de sa famille ont dû s’exiler pour la France en 1979. Ni l’exil ni le pays d’accueil n’étaient un choix.

38 années se sont écoulées. Il a raconté à sa plus jeune fille, Léa thi kim Ngan, (il a aussi une fille aînée, Clémence thi my van), son histoire, qu’elle a résumé dans ce court récit, empreint de toute la retenue de son père.

Yen c’est l’image d’un jeune garçon entouré de ses cousins, emmitouflés dans des manteaux, lui porte une chapka. Ils descendent du collège Saint-Joseph de Parthenay. Je sors du collège Pierre Mendès France un mercredi à la fin des cours avec ma sœur. Nous sommes en 1981. 6 ans plus tard, ma sœur et lui tomberont amoureux. Il demandera et obtiendra la nationalité française quelques années avant leur mariage, pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté dans aucun regard.

Il ne m’a jamais donné le goût de la pêche, mais celui de manger des huitres sur la plage. Il ne désespère pas qu’un jour j’ai le goût de la thésaurisation comme lui. Il est l’un de mes plus beaux et réel exemple de tolérance et d’empathie. J’ai découvert le cinéma Vietnamien. Mais aussi l’existence du Karaoké 🙂

> Yen Huynh Ngoc > Récit > Je suis né à Cam Ranh, au sud du Viêt Nam, le 15 octobre 1966. C’était un petit village de pêcheurs. J’y ai vécu avec ma famille, une enfance pauvre mais heureuse. Nous étions 8 enfants. Je suis le quatrième. Yên, en vietnamien, veut dire hirondelle

Nous allions à l’école le matin ou l’après-midi. A l’âge de 7 ans, ma mère m’a demandé d’aider mes frères à la pêche. Mon père étant mort de la tuberculose, la vie était difficile.

Ma mère vendait les poissons de la pêche, du riz, de la farine, du sucre…

Le soir, je dormais seul sur le bateau. Mes frères venaient me réveiller à l’aube pour partir en mer à la pêche.

En 1979, ma mère a trouvé des passeurs pour que ses fils quittent le pays. A cause des bombardements de la fin de la guerre, la vie au village était de plus en plus compliquée.

De plus, ma mère craignait que l’armée vietnamienne vienne chercher ses fils. Celle-ci prenait les garçons en bonne santé dès l’âge de 14 ans.

Pour préparer notre départ, on avait caché de la nourriture, de l’essence, de l’eau sur plusieurs petites îles dans la baie, en face du village.

A l’aube, nous sommes partis récupérer les vivres pour rejoindre le grand bateau de pêche. Nous avons laissé dériver notre bateau pour l’abandonner en mer.

Nous étions trois bateaux à partir ce matin-là.

A bord du nôtre, nous étions 65 personnes dont beaucoup de femmes et d’enfants. La famille de mon oncle, sa femme et ses 5 enfants fuyaient eux aussi le pays. Le plus jeune de ses enfants avait 2 ans.

Nous sommes restés en mer 3 jours et 2 nuits. Nous avons croisé des cargos mais aucun ne s’est arrêté. Les passeurs avaient peur que le bateau chavire ou coule car il y avait trop de personnes à bord. Pour économiser les vivres, on buvait un bouchon de bouteille d’eau le matin et un l’après-midi. On faisait cuire le riz avec un mélange d’eau douce et d’eau de la mer. On pêchait des poissons pour se nourrir.

Nous avions peur des garde-côtes, des pirates en Mer de Chine et de la noyade.

A la fin de la 3ème journée, nous avons croisé à nouveau un cargo. Les hommes dont mon oncle ont sauté à l’eau pour que le navire s’arrête. Les enfants et les femmes étaient malades en mer et ils commençaient à s’affaiblir.

Le cargo était français. Il faisait commerce entre l’Europe et l’Asie. En montant dans le cargo, nous nous sommes aperçu qu’ils avaient déjà secouru une vingtaine de boat people.

Ils nous ont donné de la nourriture, à boire et des vêtements. Une fois que nous avions récupéré un peu de nos forces, ils nous ont demandé nos papiers, mais pour la plupart, nous n’avions rien.

Je ne me souviens plus combien de nuits nous sommes restés sur le cargo qui nous avait sauvé… J’étais tellement heureux…

Une fois à Singapour, nous avons été pris en charge par un centre de réfugiés. Nous y sommes restés une quinzaine de jours, le temps que la France organise notre accueil sur son sol.

Nous sommes arrivés à Paris le 9 septembre 1979. Dans l’avion une hôtesse de l’air m’a donnée des bonbons que j’ai gardé serré dans ma main durant tout le vol… De nouveau, nous avons transité dans un centre pour réfugiés. Des personnes bénévoles nous donnaient des cours de français. On pouvait sortir du camp pour se promener mais moi, je n’ai jamais osé…

La plupart des boat people souhaitait aller dans le sud de la France. Nous sommes allés dans un autre centre en Charente Maritime… Au bout d’un an, des familles et les frères de l’Ecole Saint Joseph nous ont accueilli à Parthenay (Deux-Sèvres).

Une nouvelle vie nous attendait… depuis, je suis toujours resté à Parthenay, ainsi que mon oncle et ma tante. Mes frères habitent en France et mes cousins sont à l’étranger, en Australie, au Québec…

Des années plus tard, notre mère et mes deux plus jeunes frères et sœur nous ont rejoint en France. Mes deux sœurs ainées sont toujours à Cam Ranh au Viêt-Nam.

Je garde en mémoire que nous, réfugiés, nous avons été accueillis en France, aidés par Bernard Kouchner.

La situation actuelle des réfugiés, fuyant comme nous par bateau leur pays, nous est très pénible. »

 

Olivia Polski : Savoir goûter la saveur des plus petits instants au quotidien

Née en 1975, cette parisienne de naissance porte dans le timbre de sa voix la volonté de se faire entendre. C’est plutôt heureux parce qu’elle a beaucoup de jolies choses à dire.

Olivia Polski est adjointe de Anne Hidalgo, la maire de Paris, chargée du commerce et de l’artisanat notamment. Elle parle avec passion de cette mission qui lui a été confiée. On l’écoute avec attention nous raconter quelques unes des expériences, des rencontres, qui jalonnent ses 3 dernières années auprès des commerçants et artisans à Paris. Olivia aime ce qu’elle fait et nous dit sa chance. L’odeur et la sensualité du bois chez l’ébéniste, le goût de la baguette encore chaude. Elle se dit gourmande mais elle l’est surtout de la vie. Si elle a la lourde responsabilité de remettre notamment le prix du Goût, elle n’est pas la « goûteuse » de l’Hotel de Ville au service des Parisiens.

Son rôle est par exemple de préserver la diversité commerciale unique de la capitale. Elle se doit, dans son rôle d’élue, de dynamiser et diversifier le commerce de proximité et l’artisanat à Paris. C’est le sens du dispositif lancé par la Ville au mois de mai. Ces outils impulseront une nouvelle dynamique dans de nombreux secteurs, grâce à la réinstallation de commerces, d’artisanat et de services du quotidien. L’idée aussi, comme dans notre cher 19ème arrondissement de redonner vie à des locaux situés en rez-de-chaussée qui peinent à être commercialisés par l’implantation de boutiques éphémères.

Le parcours de cette diplômée de philosophie et de sciences politiques est engagé et militant. C’est en soutien à Lionel Jospin qu’elle adhère au Parti socialiste en 1997. Elle est aussi fière d’avoir marché au côté de Pierre Castagnou. Elle a appris le contact avec les habitants et toute l’empathie qu’il mettait dans le travail quotidien d’un maire d’arrondissement. Quelques années plus tard, elle appréciera de travailler à Sarcelles auprès de François Pupponi « au contact » constant de « ses » administrés.

Militante contre le Front national. Elle s’est engagée en politique avec le goût du combat contre les injustices. Élue pour la première fois conseillère de Paris en 2008 suite à la seconde victoire de Bertrand Delanoë à Paris, elle a été adjointe aux affaires scolaires dans le 14ème arrondissement auquel elle est extrêmement attachée.

Olivia Polski aime les gens. Elle a ses coups de gueule et ses moments de grâce  ;-). Alors qu’elle déplore la violence inhérente aux réseaux sociaux, elle apprécie l’outil Instagram parce que chacun  y poste de petits instants de plaisir de vie. Dans ce tourbillon qu’est la vie dans la capitale de la France, Olivia dit combien il est essentiel de savoir goûter la saveur des plus petits instants au quotidien. Se souvenir aussi. De ces longues heures de lecture à l’arrière de la voiture familiale qui la conduisait en vacances au Portugal. Profiter de chaque instant, marquée, même si elle en parle peu, de l’histoire de ses arrières grands parents fuyant les progroms de la Pologne, de son grand-père juif résistant dans Paris sous l’occupation des nazis.

Chaque instant étant un moment propice pour se rappeler combien il est important de vivre sa vie maintenant. Apprendre à savourer le quotidien. Savoir goûter l’instant présent, apprécier les petites joies du quotidien sans ruminer le passé, voilà une force dans nos journées marquées par la frénésie que favorisent les nouvelles technologies. Alors attardons nous avec Olivia sur les plaisirs simples de l’existence 🙂

Crédit photo : Mathieu Delmestre

 

dAcRuZ > Rencontre > For Successful Living

Un petit coup de « moins », un coup de blues, un seul Conseil : rencontrer dAcRuZ ! Tellement Simple qu’on osait y croire. Baba devant ses œuvres depuis plusieurs années, nous ne connaissions pas l’artiste. Lors du festival Ourcq Living Colors en 2015 il était là, en train d’œuvrer, nous n’avions pas osé passer pour les deux godiches « on aime beaucoup ce que vous faites ».

Quelques mois plus tard, nous avions une première prise de contact via Instagram. Depuis nous avons à chaque occasion un réel plaisir à échanger avec lui. Une passion commune sans doute pour ces quartiers que l’on dit populaires, fragiles, sensibles, … No Go zones pour certains.

dAcRuZ a grandit dans le 19ème arrondissement de Paris. De la maternelle de la rue de Thionville au collège Sonia Delaunay, il garde des amitiés, des vraies. Son enfance, son adolescence, c’est aux abords du canal de l’Ourcq qu’il les vit. Durant ces années, personne ne se précipitait pour habiter cet arrondissement du nord-est parisien. Considéré comme cité dortoir, pas une âme pour flâner ou courir le dimanche le long du canal. Nous sommes à quelques foulées de ce qui était un terrain vague, celui de Stalingrad. Il s’y est joué la légende du hip-hop français dans les années 1980. C’est ici que le DJ Dee Nasty, pionnier du rap en France, a lancé le concept des free-jams. C’est aussi ici que des collectifs de graffeurs mythiques comme BBC, CTK ou TCG ont vidé leurs bombes.

dAcRuZ raconte la pauvreté du nord du Portugal. L’arrivée de ses parents en France, leur installation dans le 19ème arrondissement. On plaisante sur les quelques « similitudes » avec le film La Cage dorée . Si les Français ne confondent pas tous le Général Alcazar avec Salazar leur découverte du Portugal reste relativement récente. Lorsqu’on est né en France avant 1980, rares étaient ceux dont les parents proposaient des vacances au Portugal au cours de notre enfance. Isn’t it ? Aujourd’hui Lisbonne est aussi blindée de Parisiens au mois de juillet que Deauville un week-end de mai. Et dAcRuZ glisse dans un sourire, qu’il n’y a pas que Lisbonne au Portugal…

Les clichés, les a priori, celui qui est devenu une figure emblématique du mouvement Street-Art en France maîtrise parfaitement la rhétorique pour leur casser le cou. dAcRuZ voulait donner un caractère universel à son art pour pouvoir parler à tout le monde. Il a donc fait le choix de peindre des masques que l’on retrouve dans chaque civilisation. Il a choisi d’être accessible au plus grand nombre. Il est appelé à travailler à travers le monde entier mais garde ce fil conducteur et son rôle social au coeur du 19ème arrondissement. dAcRuZ a embellit et valorisé ce territoire sans conteste. C’est un merveilleux ambassadeur de ce quartier où chaque week-end on peut croiser des touristes qui, même en dehors des visites guidées des spots street-art qu’il a initié avec l’association Cultures PasSages, viennent admirer et photographier les oeuvres de dAcRuZ.

Les habitants des quartiers populaires peuvent se réapproprier l’espace public puisque comme l’affirme dAcRuZ, le street-art favorise « l’émergence d’une iconographie partagée, de repères communs, et donc d’une mémoire collective ». Une mémoire collective d’autant plus importante que les politiques de rénovation urbaine successives font régulièrement disparaître les traces du passé ». Cette mémoire collective, ces repères communs, il les a fait vivre et les a déployés au cours des années de démolition de l’ancienne usine de chauffage urbain CPCU. Il ne s’agit ni de nostalgie ni de passéisme mais bien de la nécessité de pouvoir nouer tous les fils de cette mémoire collective de nos quartiers.

dAcRuZ allie de manière habile son travail d’artiste, exposé dans de nombreuses galeries, ou toujours à ciel ouvert, et celui qu’il impulse avec l’association Cultures Pas sages notamment avec le festival Ourcq Living Colors. Lancé il y a onze années, il est aujourd’hui un évènement attendu par les passionnés et fins connaisseurs du street-Art, mais surtout par les habitants

Etre amateur de Street-Art est depuis quelques années « dans l’air du temps ». dAcRuZ est un artiste, encore jeune, original et créatif, en prise directe avec le réel et la jeunesse de son pays. C’est sans doute pour ces raisons que la marque italienne de vêtements Diesel l’a sollicité pour lancer sa nouvelle collection Tank. Une campagne de publicité a mis à jour les relations de l’art urbain et la publicité. Une fresque géante, une oeuvre monumentale voyait le jour sur un mur ayant pignon sur une placette, jouxtant le quai de Valmy. Pendant une semaine, la fresque a été réalisée (collage sur le mur d’un support papier, mise en peinture). Elle est restée exposée huit jours. Pas un jour de plus. Les très nombreux habitués des berges du canal St Martin ont relayé l’information et diffusé des images de la fresque via les réseaux sociaux. Les amateurs de street art, très rapidement, ont photographié la fresque dans tous ses états et mis en ligne les clichés. Gros tam-tam garantit ! La fresque de dAcRuZ était intitulée « Make love not walls ». Ce n’est effectivement pas en construisant des murs qu’on peut oeuvrer à réussir le vivre ensemble.

Si le mur de la honte érigé par des riverains bloquant l’accès à un hôtel transformé en centre d’accueil pour migrants près de Tarbes (haute-Pyrénées) n’avait pas été détruit par ces mêmes riverains il y a quelques jours, nous n’aurions pu qu’espérer qu’une mobilisation d’ampleur et celle de Street-Artistes comme dAcRuZ pour y imposer un autre message par un acte militant, celui du vivre ensemble !

Crédit Photo : JR

dAcRuZ, pour voir de suite

Retour sur investissement

En juillet 2015, nous lancions ce site avec l’un de nos premiers portraits, celui de Sadia Diawara. Nous aurions pu considérer avoir déjà beaucoup dit. Cette date anniversaire nous permet d’écrire un nouvel article consacré à Sadia parce que justement beaucoup reste à dire.

Le budget de la politique de la ville devrait être amputé de 46,5 millions d’euros, soit 11% de son budget total. La nouvelle fait déjà grincer des dents. Car le but de cette enveloppe est d’améliorer les conditions de vie des habitants, en finançant un grand nombre de dispositifs d’accompagnement, notamment dans les quartiers les plus pauvres de France.

En 2015, dix ans après la mort de Zyed et Bouna lors d’une poursuite avec la police, Sadia Diawara alertait déjà sur l’enfermement de la population, loin de tout. Les années de travaux et les millions d’euros investis pour « désenclaver » et « déghéttoïser » « les quartiers » ont embellit le décor, mais on est loin d’avoir tout changé.

C’est là que le bât blesse. « La rénovation urbaine a surtout produit une fragmentation de la pauvreté à l’intérieur des quartiers, et non pas une dispersion de la pauvreté », constate Christine Lelévrier, sociologue et urbaniste, professeure à Paris-Est Créteil, qui participe à la création d’un Observatoire de la mixité sociale qui devrait voir le jour en septembre.

Sadia Diawara raconte aussi quelle était la réalité des relations entre les habitants des quartiers en politique de la ville et les forces de police. La suppression de la police de proximité a fait basculer la politique de médiation à celle du chiffre : « Quand j’étais jeune, nous faisions des matchs de foot avec la police, des courses de motos… Je connaissais les policiers par leurs prénoms, mes parents aussi. Je me souviens de l’un d’eux, Ben, au moindre souci, il venait chez nous ». Sadia est un enfant de Pierrefitte, où sa famille habite toujours.

L’un des enjeux est bien de travailler sur la réinsertion sociale des jeunes. Créer un réseau des acteurs sociaux et associatifs qui œuvrent continuellement sur le terrain afin de pouvoir orienter les jeunes et leurs familles, mais aussi d’intégrer ces jeunes à des groupes et de leur faire pratiquer des activités quotidiennes. Une des pistes serait de fédérer les structures associatives et les acteurs sociaux, d’unir leurs compétences et d’oeuvrer ensemble dans le même sens. 

Directeur du Centre Paris Anim‘Curial, producteur du long métrage La Cité Rose et fondateur de plusieurs associations toujours auto-financées (dont Road Tree’p), Sadia Diawara a 38 ans. A toutes celles et tous ceux qui aimeraient être utiles, celui qui ne cherche jamais à se définir comme étant un « exemple » est pourtant exemplaire, il est chaque jour utile. Utile ce mot parait bien futile à l’inventaire des actions et projets que Sadia a mûrement réfléchi pour les mettre en oeuvre et les mener à bien jusqu’au bout. S’il est lanceur d’alerte c’est toujours avec une solution à proposer à la clé. Si sa parole est forte et qu’elle porte c’est qu’elle n’est pas employée à tort et à travers. Si elle est mesurée elle n’en est pas moins pertinente, incisive et expérimentée. Directeur d’une structure au coeur de la Cité Curial, responsable associatif, producteur de films, il est aussi un extraordinaire éducateur.

Nous l’avons vu à l’oeuvre et en action sur un merveilleux projet dont il a été l’un des principaux moteurs avec notamment Sébastien Répecaud auquel nous avions aussi consacré un portrait. « Mémoire Comme Une », ce film réalisé par Cyril Lefèvre et six jeunes ambassadeurs du 19ème arrondissement était révélé au public le 14 janvier 2017. Au lendemain des terribles attaques terroristes qui ont  » ensangloté  » la France en 2015, un travail passionné a accaparé six ambassadeurs de la fraternité. Nés et ayant grandi dans le 19e arrondissement, ils ont interrogé la mémoire de leurs familles, celle de grandes figures de leur territoire d’apprentissage de leur vie d’adulte.
De Auschwitz à Pointe-à-Pitre, ils sont allés chercher ce qui doit résonner dans chaque enfant de la République.

Sadia Diawara est sans contestation possible l’un des piliers les plus sûrs, pour persévérer à créer un lien solide et durable entre les habitants de nos quartiers les plus fragiles. Il investit son énergie et ses valeurs. C’est nous qui avons besoin de lui. Ces quelques lignes ne sont que le juste retour dû à cet homme de grande valeur, en attendant la suite avec impatience ;-).

Crédit photo : @SbyPhotography @Sbyrpco

Obsolescence à tous les étages : N’en jetez plus !

77 % des consommateurs de l’Union européenne préféreraient réparer leurs produits plutôt que d’en acheter de nouveaux. 92 % souhaiteraient aussi être mieux informés sur leur durabilité.

« Les consommateurs en ont marre d’acheter des produits qui tombent en panne juste après la fin de la garantie et des produits qui ne sont pas réparables », c’est ce qu’a indiqué Pascal Durand, Euro-député EELV pour étayer son rapport il y a quelques jours.

Rapport d’initiative sur l’obsolescence programmée qui a été adopté mardi 4 juillet à une immense majorité par le Parlement européen (662 voix pour, 32 voix contre et 2 abstentions).

Pour la première fois, l’UE se penche sur cette pratique industrielle qui vise à diminuer le temps de vie de nos réfrigérateurs, télévisions, ordinateurs ou encore smartphones, pour nous inciter à multiplier les achats.

Plus concrètement, il veut garantir aux consommateurs une meilleure information par rapport à la durabilité des produits qu’ils achètent, « sortir de cette logique d’une société du déchet permanent ».

 Obsolescence = anglicisme, est le fait pour un produit d’être périmé, et donc de perdre toute valeur, du simple fait de l’évolution technique ou de la mode, même si le produit est en parfait état de fonctionnement.

Ainsi, au siècle précédent la règle à calcul a été supplantée par la calculatrice électronique en très peu de temps parce qu’elle fut complètement dépassée techniquement.

Once Upon a Time, au siècle dernier encore, il n’était pas rare de faire appel à une couturière ou un couturier d’ailleurs, qui allait « faire du neuf avec du vieux ». La robe de la mariée pouvait servir à plusieurs (mariées ), le vélo du petit dernier avait été celui du grand cousin, on réparait l’électro-ménager…

Il aura fallu plusieurs longues décennies, empilement de crises oblige, pour que nous revenions à accepter que tout n’est pas bon à jeter à la première défaillance, ou que l’on peut entretenir, réemployer, réutiliser et recycler nos objets.

« Ressourcer » devenait un outil de développement durable, construit en partenariat avec les collectivités territoriales et les pouvoirs publics. L’aboutissement devenait une filière professionnelle de collecte de traitement et de gestion des déchets réemployables et réutilisables qui contribue aujourd’hui à une économie et une croissance vertes.

Obsolète = Se dit de ce qui est dépassé, ringard, « has been » !

Tout se recycle ! On redécouvre les légumes oubliés, on cuisine avec les restes, on troque ses fringues.

En politique, on réclamait du renouvellement. Fallait du plus jeune, du plus féminin, du différent ? Nous avons un président jeune incontestablement ! Qui est allé tout de même chercher du vieux à Lyon pour le mettre tout à l’intérieur. La jeunesse est-elle gage de qualité ? De fraîcheur clairement !

Au Conseil de Paris, combien de membres siègent sur ces bancs depuis 1989 ? La question essentielle n’est-elle pas surtout celle de l’utilité ? Qui est utile et à quoi ?

La politique française ne pouvait-elle pas se ressourcer sans pratiquer le dégagisme ? Fallait-il accompagner toutes celles et ceux qui semblaient « périmés » tout en haut de la montagne sans eau potable ni vivres ?

Monde cruel qui supprime des critères de pénibilité pour ceux qui ont commencé à travailler jeunes, repousse sans cesse l’heure du départ en retraite, nous laisse pantois en proie à une société captive de ses paradoxes.

 

Salut les gens !

Mais qui sont ces gens ? C’est quoi ça les gens ? Qui sont ceux qui ne savent nommer et ne parlent que des gens ? C’est câblé comme disait François Mitterrand ?

Oui c’est « chébran », c’est la connect attitude, le langage des « brigades du Kif ». On[1] ne dit pas: « Salut les amis » ou « salut les potos », hyper ringard ! On dit : « Salut les gens! ».

Si tu dis : « Bonjour à toutes et à tous » en rentrant en réunion, tu es juste une véritable has-been. Il est du meilleur goût d’utiliser un maximum d’anglicismes aussi. Cependant à noter pour tout de suite, l’emploi de mots comme « disruptif », « disruption » peut être du meilleur effet tout autant.

Et puis c’est un drôle de mot, « gens ». Pluriel, à la fois masculin (des gens intéressants) et féminin (bonnes gens, vieilles gens). Sans parler des expressions toutes faites sur les gens qui sont méchants, celui qui n’aime pas les bêtes n’aime pas les gens, les gens exagèrent, les gens ont quand même de l’argent,les gens en ont marre, les gens sont sans gêne, les gens n’en peuvent plus, les gens sont extraordinaires, laisse parler les gens, qu’est-ce qu’ils croient les gens? etc.

Avant c’était vaguement méprisant, formule simple et grossière comme « les braves gens »… maintenant c’est « les gens qui ne  sont rien » ça c’est pire que tout.

Il y a quelques années sur les réseaux sociaux ce sont les jeunes internautes qui ont détourné les gens, mi-ironique, mi-cocooning entre anonymes sur la toile. Là les gens c’est à tout bout de champ.

À l’époque actuelle comme dirait l’autre, c’est tout le monde, tout le temps. Les gens. L’impression que tout un chacun est fondu dans le générique, le nombre indéterminé, le collectif indistinct… Le moi n’existe plus, le sujet se dissout, restent des « gens« … qu’on met tout autant dans des cases. Les gens pratiquent le co-working, le co-voiturage, le co-construit, le co-aching… 🙂

Enfin si le Moi a réussi, les gens ne sont rien. Les gens, c’est les autres, tous les autres, ceux qui nous entourent en foule et dont on sent bien qu’ils sont à la fois comme nous et quand même pas vraiment puisqu’en les désignant ainsi on peut les juger sans se gêner.

Bisous les gens !

KG

[1] « On » est un con

Fais pas pleurer ta mère !

Ni en colère, ni en brigade, femmes avant tout mais mères pour la vie, nous avons choisi de nous constituer en collectif pour aborder ensemble tous les sujets qui nous laissent comme spectatrices impuissantes, qui sont parties prenantes de la vie de ceux qui, jeunes adultes en devenir, restent nos enfants.

Nous souhaitons aborder ces questions avec une certaine humilité, offrir nos services d’échange, d’écoute, de débat et d’action, mais ne pas jouer constamment les donneuses de leçons.

Addictions, beuveries effrénées, THC, violence, querelles de bande, insolence, absentéisme, décrochage social ou scolaire, souffrance… Nous avons toutes au moins un exemple d’inquiétude et de vives interrogations.

Parfois au bord de la crise de nerfs, nous nous sommes confiées les unes aux autres pour assécher des larmes, amortir un choc ou essayer de comprendre.

Nous organiserons des rencontres-débats avec des “professionnels” pour sortir de la culpabilité et/ou de la culpabilisation de nos enfants.

Ceux dont le métier est l’écoute d’un public “ado”, mais aussi des mobilisations pour dire “stop à la violence” qui blesse ou même tue des jeunes au pied de nos immeubles.

Contact : lesmeresssenmelent@gmail.com

ART CREW – Culture à part entière

A l’agenda du festival Paris Hip-Hop, Cultures Pas Sages nous livrait une nouvelle performance artistique les 24 et 25 juin.

L’association Cultures Pas Sages souhaite promouvoir, diffuser, organiser et réaliser des actions mettant en valeur la diversité culturelle. La performance graffiti OURCQ LIVING COLORS est une création de l’association, à l’initiative de dAcRuZ.

Durant 2 jours, le 19e arrondissement devenait l’hôte d’artistes venus du Brésil, du Portugal, du Chili : Big, Fakir, Pititore, Smile, Batsh, Kan, Shaka, Brok, Sane 2… et bien sûr dAcRuZ.

Le festival street art OURCQ LIVING COLORS fêtait ses dix ans d’action en 2016. Cultures Pas Sages accompagne la transformation du tissu social en y associant les habitants de tous âges, les institutions (habilement) et en initiant des projets qui font vibrer les quartiers et continueront, nous n’en doutons pas, à le faire dans les années à venir.

Ce festival contribue au rayonnement culturel du 19e arrondissement en l’inscrivant comme un lieu incontournable de l’expression Graffiti & Street art à Paris.

Depuis les années 2000, dAcRuZ, multiplie ses œuvres tout d’abord sur le quartier Ourcq, son quartier natal, puis plus largement dans le 19e arrondissement, sur le canal St Martin mais aussi en galeries dans Paris.

Ses motifs picturaux ont donné une identité originale au canal que chaque habitant connaît et reconnaît. Pour lui, ses œuvres sont un lieu d’échanges et de collaborations artistiques mais aussi l’expression de ses craintes qu’en changeant, le quartier cesse d’être populaire.

Ses nombreux voyages en Amérique du Sud, en particulier au Brésil, en Afrique sont une source de créativité. La confrontation avec les cultures ancestrales (les masques des cultures pré-colombiennes l’ont en particulier marqué) ont forgé chez lui un style primitif coloré urbain unique.

Si « Big Brother is watching you », les gros yeux grands ouverts sur nos quartiers sont une bienveillante vigilance sur l’identité populaire et diverse de nos quartiers. Hymne coloré sous un ciel souvent trop gris qui rappelle que le street art est un art graphique d’interpellation né dans la rue.

L’appel au calme de Théo nous rappelle ce qu’est la dignité humaine (et on en a bien besoin)

Refuser les injures, les crachats, les cris de singes, les « Bamboulas », les « sales arabes », les interpellations humiliantes, et demander justice lorsque de tels actes ignobles sont commis, c’est cela respecter notre République! (Texte publié sur le Huffington Post le 12.02.2017)

Le mois de février se lançait en France avec la sortie d’un magnifique plaidoyer pour la liberté et une déclaration de guerre aux clichés : « Moonlight ». Un film qui donne envie d’aimer, une quête d’identité traversée par le rejet et l’insulte qu’illumine une approche pleine d’élégance et d’empathie. Un film superbe et bouleversant.

Loin des salles de cinéma, nous assistons comme cloués par la nausée à une chronique quotidienne qui n’est qu’un enchainement d’actes et de mots abjects, mêlant volonté d’humiliation et banalisation de la violence.

Le 8 février, Nicolas Canteloup, par l’intermédiaire de son manager dans un communiqué puis par un tweet, s’excusait de son « très gros dérapage, évidemment involontaire ». Ses excuses faisaient suite au profond malaise à Europe 1 puis au tollé sur les réseaux sociaux consécutif à un sketch certainement pas drôle, juste homophobe et parfaitement vulgaire et scandaleux.

Pour rappel, un jeune homme de 22 ans, Théo, tente toujours, après une très violente interpellation par 4 policiers à Aulnay-sous-Bois, de se remettre de ses graves blessures, avec des séquelles physiques ayant entraîné 60 jours d’interruption totale de travail (ITT). Selon son avocat Eric Dupont-Moretti, le jeune homme « va très mal, comme un gamin qui a été violé ». « Physiquement, il y a des dégâts qui sont considérables (…). Psychologiquement, il est démoli ».

Le 7 février, le Président de la République, François Hollande au chevet de Théo, a souhaité souligner le courage de Théo, un “jeune qui avait toujours été connu pour (son) comportement exemplaire dans une famille qui est également présente dans le quartier d’Aulnay et qui veut vivre en paix et dans un rapport de confiance avec la police”.

Un jeune au comportement exemplaire, qui loin d’être une exception, vit dans ce qu’il est courant d’appeler des « quartiers sensibles ». Qu’ils soient « difficiles », « en difficulté », « sensibles » ou « prioritaires », il s’agit des mêmes. Ceux que Nicolas Sarkozy nommait « les quartiers », comme s’il n’était pas nécessaire de les qualifier.

Interrogé sur les relations entre les policiers et les jeunes vivant dans les quartiers dits « sensibles » donc, dans l’émission « C dans l’air », jeudi 9 février, Luc Poignant, porte-parole du syndicat Unité police SGP-FO, a salement dérapé.

Il était invité à débattre du violent contrôle et de l’interpellation de Théo. La présentatrice Caroline Roux cherchait à faire réagir ses invités après la diffusion d’un reportage dans lequel une jeune fille témoignait. « Cette jeune fille qui disait ‘On se fait contrôler, on se fait traiter de bamboula, on se fait cracher dessus’, peut-être que cette jeune fille affabule ? » interroge la journaliste. « Mais la version, j’ai la même », intervient le policier. « Je vais rester poli, mais j’ai la même. Bamboula, d’accord, ça ne doit pas se dire. Mais ça reste encore à peu près convenable ». Lorsque la journaliste s’insurge, le policier rétorque « Bah, ‘enculé de flic’, ce n’est pas convenable non plus ».

Effectivement… Une personne ayant autorité – et c’est tout de même le cas d’un policier-banalise l’emploi de mots destinés à avilir et les caractérise d’à peu près convenable.

Combien de témoignages de jeunes ai-je écouté depuis quelques années, qui relataient la même volonté de rabaissement ? Plusieurs dizaines certainement. Refuser ces humiliations, dénoncer ces insultes racistes, est-ce manquer de respect au travail de la police dans ces quartiers « sensibles » que plus personne ne veut voir ? Non !

Non « Bamboula » ça n’est ni convenable, ni acceptable ! Vendredi 10 février, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de la confédération Force ouvrière, dénonçait publiquement les propos de Luc Poignant et présentait les excuses de son organisation syndicale.

Face à ces « dérapages involontaires », « propos inacceptables », nécessaires excuses égrainées cette semaine, l’appel à la non-violence et au calme porté par Théo n’essuie pas les crachats ni n’efface les insultes, mais nous rappelle ce qu’est la notion de dignité de la personne humaine.

Refuser la violence inouïe devenue banale qui est une réalité dans nos quartiers, c’est faire preuve de responsabilité, mais refuser les injures, les crachats, les cris de singes, les « Bamboulas », les « sales arabes », les interpellations humiliantes, et demander justice lorsque de tels actes ignobles sont commis, c’est cela respecter notre République !

http://www.huffingtonpost.fr/karine-gautreau/lappel-au-calme-de-theo-nous-rappelle-ce-quest-la-dignite-huma

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